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L'appel d'un cardiologue au ministre de la Santé : "Osez"

Opinion

BRUXELLES 12/11 - Pourquoi ne pas recourir à la télésurveillance en cette période particulièrement difficile ? Les règles de mise sur le marche pour les vaccins anti-Covid-19 ont été totalement revues et montrent qu’en période de haut risque, on se doit d’être innovant . Alors, pourquoi ne pas faire de même pour la télésurveillance ?

La télémédecine est en plein essor ces dernières années : on comptait plus de 8,4 milliards d'outils connectés dans le monde en 2017 et le marché de l'e-health est estimé à 310 milliards de $ en 2022.

La téléconsultation a fait un bond en avant lors de la première vague de la Covid-19 et a même convaincu les autorités de procurer un remboursement, même si celui-ci est encore modeste. Parmi les différentes formes de la télémédecine, la plus innovante est constituée par ce que l'on nomme la télésurveillance médicale ou home telemonitoring en anglais. Cette nouvelle approche structurée et intégrée des soins de santé s'applique particulièrement au suivi des patients chroniques dont on sait que la prévalence est en constante augmentation.

Alors, en période de pandémie où l'accès aux soins et en particulier ceux délivrés à l'hôpital est de plus en plus limité et à haut risque de contamination, ne pourrait-on pas accélérer la mise à disposition de ces technologies pour le bénéfice des soignants et des soignés ?

Un marquage CE s'impose

Les obstacles à l'implantation de ces technologies innovantes existent : le premier est la nécessité d'obtenir un marquage CE, ce que de très nombreuses applications de santé possèdent déjà. Ensuite, tout le volet du RGPD doit être garanti.

A ce jour, 6 applications de télésurveillance en bénéficient déjà en Belgique. Ces 6 applications (MoveUp, Comunicare, [email protected], RemeCare, MySugr et AirView) sont d'ailleurs reconnues par la plateforme mHealth Belgium en ayant obtenu le niveau 2 de la pyramide mHealth.

Démontrer la validité

Reste à démontrer une évidence clinique et, là, c'est le blocage, aucune de ces applications n'ayant jusqu'à présent démontré une validité clinique ni un bénéfice socio-économique voire un impact budgétaire positif ou au moins neutre.

Est-ce une raison pour ne pas recourir à cette télésurveillance en cette période particulièrement difficile ? Nous ne le pensons pas. Les règles de mise sur le marche pour les vaccins anti-Covid 19 ont été totalement revues et montrent qu'en période de haut risque on se doit d'être innovant . Alors, pourquoi ne pas faire de même pour la télésurveillance ?

De grandes études internationales de télésurveillances ont été conduites depuis le début du siècle et ont montré des résultats totalement favorables : la Veteran Health Administration a mené depuis 2003 le programme Care Coordination Telehealth sur plus de 24.000 patients dans les domaines les plus prévalents et les plus coûteux comme l'insuffisance cardiaque chronique, le diabète, la BPCO ou l'hypertension artérielle.

L'impact sur la santé et les coûts est largement positif, démontré dans plusieurs publications. En Europe, le programme anglais Whole System Demonstrator arrive aux mêmes conclusions pour le diabète, la BPCO et l'insuffisance cardiaque : 44% de décès en moins et 10% de réduction des hospitalisations dont 20% en moins pour les hospitalisations d'urgence.

En insuffisance cardiaque, l'étude TIM-HF2 menée en Allemagne très récemment, a montré un bénéfice remarquable sur près de 1600 patients : le nombre de jours perdus à cause d'une hospitalisation non prévue étant réduit de 24 à 17 jours, confirmant une étude belge, HF-TEMA, menée 10 ans auparavant.

L'évidence est donc bien présente.

Faire preuve d'innovation

Alors, pourquoi ne pas tenter la télésurveillance sur ces bases, en utilisant les technologies développées en Belgique, en cette période où les hôpitaux étouffent ? Donner la chance aux start-ups de démontrer en vie réelle leur bénéfice est une opportunité unique de montrer que la Belgique est un pays d'innovation dans le domaine de la santé en offrant un suivi moderne des patients chroniques ainsi que des outils d'éducation thérapeutique performants.

Un comité de pilotage fédéral devrait être mis en place pour assurer le bénéfice-risque de l'utilisation de ces applications dont l'interopérabilité et la sécurité d'emploi sont déjà démontrées. Ce ne devrait pas être un problème au vu de l'expertise en études cliniques que la Belgique possède.

L'INAMI soutient une étude clinique de la start-up MoveUp en orthopédie et c'est déjà un bon pas en avant.

Il reste des malades chroniques à accompagner en cours de pandémie pour leur éviter des passages à l'hôpital, ces populations étant à haut risque comme l'a bien défini Sciensano.

Les outils sont là, à notre portée de main.

J'adresse donc cet appel au Ministre de la Santé et à l'Administrateur Général de l'INAMI : OSEZ !

A propos

Le Dr Marc Tomas est cardiologue.

MediQuality offre à ses membres la possibilité de s'exprimer concernant des sujets médicaux et/ou d'actualité. Ces opinions reflètent l'avis personnel de leur(s) auteur(s) et n'engagent qu'eux. 

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Dr Marc Tomas • MediQuality

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