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Covid-19 : pas de profit sur la pandémie ! (Opinion)

Opinion

BRUXELLES 10/12 - La vitesse à laquelle le nouveau coronavirus se propage à l’échelle mondiale prouve que personne n'est en sécurité tant que tout le monde n'aura pas accès à une protection.

Au cours des dernières semaines, nous avons reçu des nouvelles encourageantes selon lesquelles des vaccins efficaces contre ce nouveau coronavirus seraient à portée de main. Petit à petit, nous avons également une idée plus concrète de la manière dont cette stratégie de vaccination devrait se dérouler en Belgique. 300.000 personnes devraient déjà être vaccinées d'ici la fin février. Une seconde phase débutera au printemps, pour laquelle il faudra 3 millions de doses afin de protéger les « groupes cibles prioritaires élargis » (1)

Mais de nombreuses questions subsistent. Nous savons combien de doses nous allons acheter, mais pas combien nous allons les payer en tant que société. Ces informations sont couvertes par des clauses de confidentialité. Seuls les entreprises pharmaceutiques et les autorités en connaissent le prix. Le public n'y a pas accès.

La Commission européenne mène des discussions avec les entreprises pharmaceutiques à huis clos. La confidentialité sur le montant des fonds publics, le prix et le fonctionnement exact du vaccin constitue un grave problème. Partout dans le monde, les autorités risquent de devoir mettre beaucoup d'argent de côté pour acheter ces vaccins, alors qu'à l'heure actuelle, des fonds publics massifs sont nécessaires pour fournir plus de personnel au chevet des malades et enfin dégager les budgets de prévention nécessaires.

Le récent scandale du Remdisivir ne nous rassure pas à cet égard. Notre pays a acheté pour plus de quatre millions d'euros de cet inhibiteur de virus. Cependant, le producteur, la multinationale pharmaceutique Gilead Sciences, a gardé sous silence les résultats négatifs d'études et a négocié des millions de contrats supplémentaires, jusqu'à ce que l'Organisation mondiale de la santé déclare que le médicament n'avait pratiquement aucun effet[2].

La manière dont le secteur pharmaceutique fixe ses prix n'est pas transparente et se fonde principalement sur la « disposition à payer » plutôt que sur les coûts réels de développement et de production. Les droits de propriété intellectuelle tels que les brevets rendent cela possible, car ils donnent aux entreprises le contrôle total sur le prix et l'offre de leurs produits. Cette position monopolistique met en danger l'accessibilité et la disponibilité des futurs médicaments ou vaccins contre le COVID-19.

De plus, nous avons déjà payé pour ces vaccins. Des milliards d'argent public ont été consacrés à la recherche et au développement, aux essais cliniques et à la production de vaccins contre le coronavirus dans le monde. Pfizer et Moderna, les deux sociétés dont les vaccins seront probablement les premiers à être administrés ici, ont toutes deux déjà reçu environ 2,5 milliards de dollars de soutien public[3].  AstraZeneca a même déclaré qu'elle ne souffrirait pas financièrement du développement de son vaccin grâce aux « fonds des autorités et des organisations internationales »[4].

Le vaccin jouera un rôle central dans l'éradication du COVID-19. Pour vaincre cette maladie, il est essentiel qu'un vaccin ou un médicament soit accessible à tous. La Commission européenne a conclu des contrats de plusieurs milliards pour le développement, la production et l'achat du vaccin contre le coronavirus. Il est inacceptable qu'une entreprise privée décide du prix et de l'offre de ce vaccin dans le but de réaliser du profit.

En outre, aucune entreprise ne dispose d'une capacité de production suffisante pour fournir rapidement des doses suffisantes au monde entier. La suppression des brevets permet à d'autres institutions de produire des versions génériques du vaccin. Cela augmenterait considérablement la disponibilité dans le monde, tant sur le plan financier que logistique.

C'est important car les pays les plus pauvres risquent d'être complètement exclus. Comme le souligne un récent article d'opinion signé par des ONG belges, quelque 80% du stock prévu par Pfizer est réservé à des pays qui comptent à peine 14% de la population mondiale[5]. Les chiffres du vaccin de Moderna sont similaires. Et la pandémie durera donc plus longtemps que nécessaire.

La position monopolistique des grandes entreprises pharmaceutiques, et le manque de transparence entourant les résultats de la recherche et les contrats, ne pèsent pas uniquement sur l'accessibilité, le prix et l'offre des vaccins ; ils pèsent également sur la confiance du public à l'égard du vaccin. De nombreux citoyens hésitent à se faire vacciner. Et tous ne sont pas des anti-vaccins enragés. Leur prudence est souvent fondée sur une méfiance à l'égard de ce manque de transparence et de la soif de profit exprimée par l'industrie pharmaceutique.

Et je ne peux pas leur donner tort. Ma confiance dans la science est grande, mais je n'ai pas la même confiance à l'égard des grands de l'industrie pharmaceutique. Une couverture vaccinale élevée, avec un vaccin efficace et sûr, est essentielle pour sortir de cette crise. C'est précisément la raison pour laquelle le contrôle public sur la recherche, le développement, la production et le prix est crucial. 

L'Union européenne a ici un rôle important à jouer. Elle peut obliger les entreprises pharmaceutiques qui reçoivent des milliards de subsides publics à fournir des vaccins au prix de production, à maintenir les médicaments développés dans le domaine public, à les partager dans une « communauté de brevets » mise en place par l'Organisation mondiale de la santé et à assurer une transparence totale des négociations en cours. Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a promis en avril que le vaccin deviendrait un bien commun universel, mais nous n'en avons encore rien vu.

C'est pourquoi nous avons décidé, avec un groupe de citoyens de différents pays européens, de soumettre une initiative citoyenne à la Commission européenne. Une telle initiative est un instrument officiel, qui permet aux citoyens européens de soumettre directement des propositions législatives s'ils recueillent un million de signatures en un an. Compte tenu de la demande croissante de citoyens, d'experts de la santé et de décideurs politiques pour que les futurs vaccins et traitements deviennent véritablement un bien public, nous sommes sûrs que cela est possible - et nécessaire - dans un délai encore plus court.

L'heure n'est pas au profit et au contrôle privés. La seule façon de surmonter cette pandémie est de trouver une solution collective, notamment en faisant des vaccins et des traitements un bien public mondial, librement accessible à tous.

Nous avons lancé notre initiative à la veille de la Journée mondiale de lutte contre le sida, lors de laquelle nous exprimons notre soutien aux personnes qui vivent avec et sont affectées par le VIH. Des millions de personnes sont mortes parce qu'elles n'avaient pas les moyens de se faire soigner et de se protéger. La lutte pour l'accès mondial au traitement du sida a duré des décennies. Le monde ne peut tout simplement pas attendre aussi longtemps.

Anne Delespaul est médecin généraliste auprès de Médecine pour le Peuple et co-initiatrice de l'initiative citoyenne européenne « Right to Cure », qui vise à retirer les brevets des vaccins et traitements contre le COVID-19 des mains des multinationales pharmaceutiques. 

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[1] https://www.standaard.be/cnt/dmf20201202_98017388

[2] https://www.hln.be/binnenland/remdesivir-werkt-niet-volgens-who-maar-belgie-bestelde-voor-4-27-miljoen-euro-van-het-medicijn~a018a7af/

[3] https://press.msf-azg.be/artsen-zonder-grenzen-regeringen-eis-dat-farma-industrie-alle-overeenkomsten-voor-vaccinatievergunning-voor-covid-19-openbaar-maakt

[4] https://www.astrazeneca.com/media-centre/press-releases/2020/covid-19-vaccine-azd1222-showed-robust-immune-responses-in-all-participants-in-phase-i-ii-trial.html

[5] https://www.demorgen.be/meningen/maak-van-het-coronavaccin-een-globaal-publiek-goed~b1f97eb9/


 [LG1]Erreur en NL « het vaccins » ("s" en trop je pense)

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Dr. Anne Delespaul • MediQuality

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