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Imposer un test linguistique n'est pas une si mauvaise idée ! (La chronique du Dr Yannis Bakhouche)

BRUXELLES 29/08 - L'intégration des médecins étrangers au sein du système de santé belge suscite actuellement un débat, notamment en ce qui concerne la nécessité d'imposer un test linguistique. En effet, le ministre de la Santé Franck Vandenbroucke envisage la mise en place d'un tel test pour les médecins étrangers, une proposition soutenue par les représentants médicaux d’après leur dernière sortie médiatique.

© Dr Yannis Bakhouche, médecin généraliste et Conseiller politique à la Présidence au Mouvement Reformateur en politique de santé
© Dr Yannis Bakhouche, médecin généraliste et Conseiller politique à la Présidence au Mouvement Reformateur en politique de santé
Avant de plonger dans les détails de cette question, il est essentiel de revenir brièvement sur le contexte : la Belgique, tout comme d'autres pays, a adopté une approche relativement flexible en accueillant des médecins étrangers. Cette démarche a été motivée par une sévère pénurie de professionnels de la santé au sein de son système médical, accentuée par des lois restrictives sur l'accès aux études de médecine depuis 1996.Pour rappel, un concours d'entrée est obligatoire pour les futurs médecins en Belgique. 
Il est important de noter que ce défi n'est pas spécifique à la Belgique. Aux États-Unis, par exemple, on a observé une augmentation de 70 % entre 2001 et 2008 du nombre de médecins formés à l'étranger ayant réussi l'examen USMLE, étape cruciale pour obtenir une reconnaissance médicale complète. Pendant cette période, les flux migratoires temporaires de médecins ont doublé en Australie et augmenté de 40 % au Canada. Ces pays ont assoupli leurs règles en matière de migration permanente pour les médecins, ce qui a conduit à une croissance rapide de ces déplacements. En Belgique, les chiffres récents de l'OCDE révèlent la présence de plus de 10 000 médecins étrangers exerçant sur son sol, presque le double en l'espace de 11 ans. Cela soulève la question essentielle : comment s'intègrent-ils dans notre système de soins de santé ?
 
Le recrutement de professionnels de la santé à l'étranger: une solution à court terme
Toutefois, le recrutement de professionnels de la santé à l'étranger n'est souvent qu'une solution à court terme pour répondre aux besoins immédiats. Si les écarts de salaire jouent un rôle majeur, d'autres facteurs tels que la recherche d'un avenir meilleur pour leur famille influencent également leur décision de migrer. Paradoxalement, cette migration de talents médicaux met en lumière les lacunes systémiques des pays d'origine plutôt qu'elle n'en est la cause directe. On peut citer en exemple la situation en Roumanie et en Grèce, où les problèmes du système de santé ont encouragé cette migration.
 
En Belgique, cette problématique a atteint un point crucial. Alors que des décrets ont été adoptés pour restreindre l'accès aux études de médecine afin de résoudre cette situation, l'Union européenne a permis l'équivalence des diplômes entre les pays membres. Par conséquent, certains diplômés étrangers peuvent exercer en Belgique sans se soumettre aux quotas d'étudiants. En revanche, les diplômés belges peuvent exercer à l'étranger, laissant ainsi leurs numéros Inami attribués inutilisés. L'attribution de ces numéros et des quotas est un processus coordonné entre le gouvernement, les universités, les collèges médicaux et les entités fédérées. Une étape importante a été franchie en juin 2023, avec un accord historique entre le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et le gouvernement fédéral visant à accroître le nombre de médecins francophones. Cet accord prévoit la création de 744 numéros INAMI d'ici 2028 et de 929 numéros INAMI d'ici 2029, soit près du double des quotas précédents fixés à 505. Néanmoins, cela soulève la question : est-ce suffisant pour réduire la dépendance aux médecins étrangers ? Faut-il augmenter encore plus le nombre de quota ? 
 
Face aux répercussions de ces décisions sur l'offre médicale en Belgique, les universités ont trouvé des solutions pour pallier les pénuries dans certaines spécialités. Cela peut impliquer un entretien avec une université ou un examen formel dans d'autres cas, permettant ainsi d'obtenir la reconnaissance nécessaire pour poursuivre leur formation. Pour les médecins européens déjà spécialisés, une équivalence de diplôme peut leur ouvrir la voie à l'exercice direct en Belgique avec un numéro Inami. Cependant, cette transition n'est pas exempte de défis et leur intégration n'est pas toujours aisée.
 
 "Les médecins étrangers doivent trouver un équilibre entre leur expertise médicale et leur adaptation à un système de santé différent."
 
S'adapter à un nouvel environnement, maîtriser la langue et comprendre la culture médicale belge peuvent engendrer des frustrations et créer une distance entre le patient et le médecin. Les protocoles doivent être lus, les dossiers médicaux doivent être rédigés, et les tâches administratives doivent être gérées, ajoutant ainsi une complexité supplémentaire. Les médecins étrangers doivent trouver un équilibre entre leur expertise médicale et leur adaptation à un système de santé différent, avec des pressions accrues au sein des hôpitaux. Dans ma propre expérience, j'ai souvent constaté des difficultés de communication avec les médecins étrangers, ce qui soulève des doutes quant à leur capacité à communiquer efficacement avec les patients. J'ai même été témoin de situations où l'équipe médicale se montrait exaspérée par les questions posées par des médecins étrangers sur des aspects fondamentaux, remettant ainsi en question la formation et le rôle de l'équipe vis-à-vis de ces médecins. Cela renforce ma conviction que la barrière linguistique peut avoir des conséquences majeures, bien que cela ne remette pas en cause la formation initiale des médecins étrangers. La question de la formation des médecins, selon moi, devrait faire l'objet d'un débat distinct, même si, pour éviter tout problème de reconnaissance des compétences, un test de connaissance médicale aurait pu être envisagé, à l'instar du modèle américain.
 
En Allemagne et au Luxembourg, des programmes d'apprentissage linguistique ont été mis en place
 
Cette réflexion nous conduit à examiner les exemples d'autres pays, tels que l'Allemagne et le Luxembourg, qui ont mis en place des programmes intensifs d'apprentissage linguistique accrédités d'une durée de six mois avant d'autoriser la pratique médicale. Une maîtrise de la langue du pays d'accueil est essentielle pour optimiser l'art de soigner. Dans cette optique, il serait judicieux que les entités fédérées exigent une reconnaissance linguistique pour les futurs médecins souhaitant exercer en Belgique, afin de favoriser une relation solide entre soignants et patients, d'assurer leur intégration sociale et de garantir une organisation optimale des soins de santé. À cet égard, je soutiens pleinement la mise en place, en attendant une réglementation officielle, de formations linguistiques obligatoires dispensées par les hôpitaux, qui sont les employeurs, afin de faciliter l'intégration des médecins étrangers dans le système de santé belge.
En fin de compte, la question d'un test linguistique pour les médecins étrangers en Belgique est étroitement liée à la nécessité de fournir des soins de qualité et d'assurer une communication efficace avec les patients. Il est impératif de trouver le bon équilibre entre les défis de l'intégration, de la langue et de la réglementation, afin de garantir un système de santé performant tout en respectant les valeurs éthiques de la profession médicale. Imposer un test linguistique obligatoire n'est donc pas une mauvaise idée !
 

Dr Yannis Bakhouche, médecin généraliste et Conseiller politique à la Présidence au Mouvement Reformateur en politique de santé • Mediquality

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