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L’ après-Covid a commencé : « C’est au tsunami qu’il faut se préparer » (Témoignage d'un jeune médecin)

Opinion

BRUXELLES 27/05 - Voilà plus d’un an que nous vivons confinés, que toutes les grandes économies de ce monde vacillent face à la pandémie mondiale et que les hôpitaux subissent les hordes de patients Covid-19. Jamais dans notre histoire récente, nous n’avions connu une crise d’une telle ampleur qui aura cependant permis de faire la lumière sur la fragilité de nos soins de santé.

Fort heureusement, nous pouvons entrevoir la porte de sortie et il est désormais indispensable de concentrer nos efforts dans la vaccination de la population, seule solution pour endiguer le virus et retrouver une vie « normale ».

Malheureusement pour les soignants, déjà à bout et à nouveau plongés dans les cas de Covid-19, la pandémie est loin d'avoir dit son dernier mot.

Si nous considérons la Covid-19 comme un séisme qui aura coûté la vie à plusieurs millions d'êtres humains et ses violentes répliques comme les hausses successives des contaminations, c'est désormais au tsunami qu'il faut se préparer.  

Pour rappel, nous arrivons au bout de notre 3e confinement dont les effets néfastes se sont très nettement fait ressentir avec d'abord un ras-le-bol généralisé et un respect des différentes mesures et gestes barrières de plus en plus approximatifs à mesure que les semaines passaient.

Pire encore, une frange de la population s'est mise à défier l'autorité en s'exposant sciemment à un risque bien existant, quitte à remettre en question jusqu'à l'existence ou la dangerosité du virus.
Pourtant, entre 0.5 et 1% de léthalité, ce n'est pas rien !  

Prendriez-vous sereinement le volant de votre véhicule si on vous annonçait que, sur le chemin du travail, vous avez 1 chance sur 100 d'y laisser la vie ?

Mais comment en vouloir à une population dont les indicateurs de l'état psychologique sont dans le rouge depuis des mois et qui faute d'une communication efficace et transparente, se retrouve sous le joug des usines à désinformation que sont les réseaux sociaux, ultime bastion d'un ersatz de vie sociale.

Une pandémie et les mesures exceptionnelles qui lui incombent n'ont pas que des répercussions sur la santé somatique, le psychique lui aussi en pâtit énormément.

C'est d'autant plus vrai dans un contexte de marasme économique où de nombreux travailleurs ont dû faire une croix sur le rêve d'une vie, de business souvent florissants, tués à petit feu par des décisions peu claires, pas toujours étayées et des aides tardives et insuffisantes.

Mais outre les considérations économiques, cet isolement, cette absence de contacts sociaux, l'impression de ne faire que travailler sans pouvoir réellement profiter de la vie ronge la population.

La santé mentale de nos concitoyens est une vraie bombe à retardement qui peut exploser à tout moment.

Mais le décrochage n'est pas que social, durant les 2 premières vagues, les soins de santé ont été extrêmement limités, tout le non urgent a été reporté et nombre de patients sont sortis de leur trajet de soin.

Par ailleurs, d'autres avaient tout simplement peur de se rendre dans les hôpitaux où, selon eux, le risque de contracter la mortelle Covid-19 était trop élevé.

Pas étonnant lorsque la télévision vous montre des rangées de brancards alignés dans les couloirs, des médecins en tenue de cosmonaute qui ne sont pas sans rappeler certains films…

Sans parler des médecins généralistes qui ont parfois, en raison de leur moyenne d'âge et du manque de matériel de protection, été forcés de prendre des distances vis-à-vis de leur patientèle pour ne pas courir le risque de succomber au virus eux-mêmes.

C'est ainsi que de nombreuses pathologies chroniques, sans le suivi adéquat ont totalement flambé.
Je citerai mon collègue, interniste depuis 37 ans et ayant exercé dans 3 pays, qui n'avait jamais été confronté à un tel volume de patients, présentant des pathologies si lourdes et avancées.  

Le laisser-aller est catastrophique et d'ailleurs, ce qui m'a dans un premier temps marqué, c'est la crasse moyenâgeuse qui reflète assez bien l'état général de nos patients.

Cette « dermatose saponiprive » comme on l'appelle ou « crassite malodorante », témoigne de la solitude que vit cette population qui en vient à ne même plus s'affranchir du minimum vital en termes d'hygiène.
 

En outre, enfermés, isolés et sans la moindre perspective d'un mieux, les diverses assuétudes ont eu le temps de faire des dégâts avec, en première position, l'alcool.

Pour certains, le seul réconfort était de fumer et de boire avec les conséquences que nous connaissons. Pire encore, le tabac et l'alcool ont parfois remplacé l'alimentation, ne laissant plus que des squelettes bourrés d'œdèmes dont la fin aura été aussi expéditive que tragique.

Je ne compte plus non plus les très nombreux patients diabétiques, en roue libre totale, délaissant faute de motivation leurs traitement et les mesures hygiéno-diététiques pourtant indispensables au contrôle de leurs glycémies. Patients qui se sont régulièrement vu amputés d'un pied ou deux quand ils ne mourraient pas d'un choc septique entretemps.

Enfin, Les cancers ont, eux aussi, eu le loisir de proliférer, tueurs silencieux et insidieux qui malheureusement, faute d'un suivi suffisant, ont pu progresser jusqu'à des stades extrêmement avancés.

Nous voyons d'ailleurs très régulièrement des images radiologiques qu'on ne voit d'habitude plus que dans les manuels, illustrant parfaitement l'état d'avancement des pathologies rencontrées.

Ces cas d'une lourdeur extrême pèsent énormément sur les soignants déjà à bout, rincés par plus d'un an de crise pandémique.

Les certificats de décès s'empilent sur les bureaux, les week-ends de gardes deviennent de plus en plus pénibles et il devient difficile d'assurer un accompagnement humain optimal des patients et de leur famille.

Sans compter sur une population devenue réfractaire à l'information médicale et scientifique et qui se montre de plus en plus hostile à l'encontre du personnel soignant. 

Hélas, je crains que ceci ne représente que la partie émergée d'une nouvelle vague, non plus directement imputable à la Covid-19, mais plutôt à ses conséquences psychosociales qui risquent de creuser encore un peu plus la dette pandémique qui se chiffre déjà à des montants astronomiques.


 

 
 
 

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Dr Quentin Lamelyn • MediQuality

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