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Le taux de mortalité des patients Covid plus élevé dans les hôpitaux wallons et bruxellois qu’en Flandre (Dr Marc Tomas, cardiologue)

Opinion

BRUXELLES 13/08 - Tous égaux devant la Covid en cas d’hospitalisation ? Le député N-VA Lorin Parys a jeté un pavé dans la mare il y a quelques jours, en rendant publics les chiffres de décès dus à la Covid-19 dans les différents hôpitaux et régions du pays.

Siégeant au Parlement flamand, ce député a obtenu - en collaboration avec sa collègue de la Chambre, Frieda Gijbels - les données brutes pour la période allant de mars 2020 au 15 juillet 2021 à la suite d'une question parlementaire. S'offusquant de voir des données très différentes d'une région à l'autre mais aussi d'un type d'institution à un autre, il réclame, avec sa collègue, une enquête parlementaire indépendante.

Les chiffres qu'il relève interpellent en effet : une mortalité hospitalière de 16,5% en Flandre contre 18,2% à Bruxelles et 20,4% en Wallonie ; 30,6% de décès dans les soins intensifs flamands contre 40,9% à Bruxelles et en Wallonie. Voir ce lien pour plus d'infos.

Et d'en appeler dans la foulée à une réforme de soins de santé dans les régions, estimant que les différences sont trop fortes, comme par exemple une mortalité due à la Covid-19 cinq fois plus élevée en Hainaut que dans le Brabant flamand.

Trop peu de transparence

Le député N-VA sous-entend aussi que ces chiffres ont été plus ou moins volontairement cachés, les ministres De Block et Vandenbroucke ainsi que Sciensano ayant fait la sourde oreille pendant plusieurs mois avant de les communiquer.

Monsieur Parys aurait-il raison ? Vaut-il mieux en cas de Covid se faire hospitaliser en Flandre qu'en Wallonie ou à Bruxelles ? Y a-t-il donc une telle différence de qualité des soins entre régions ainsi qu'entre un hôpital académique et une structure périphérique ? Ne vaudrait-il pas mieux, comme il le suggère, concentrer tous les cas de la Covid-19 dans quelques hôpitaux hyperspécialisés ?

Sans émettre d'opinion sur l'opportunisme politique devenu totalement malsain lors de cette pandémie, tous bords confondus, la question de l'évaluation de la qualité des soins est un large chantier dans lequel il faut avouer que le public a bien du mal à s'y retrouver, faute d'information disponible.

Dans le cas de la Covid-19 et de la question posée par ce parlementaire, la première interrogation est de savoir si les décès sont liés à des différences de population traitée entre régions et hôpitaux, ou à des variations de pratique éventuellement injustifiées, c'est-à-dire provoquées par des soins inadéquats.

L'INAMI a mis en place, à cet effet, une cellule « Soins efficaces » en 2017, qui observe de façon continue la performance des soins. Les dernières données publiées sont celles de l'année 2019, soit avant la pandémie (www.healthybelgium.be).

Il sera particulièrement intéressant de voir les résultats de telles observations dans le cas de la Covid-19, notamment en ce qui concerne les catégories d'âge et les comorbidités. Autrement dit, de vérifier si des éléments évoquant une forme d'iniquité se dégagent des chiffres présentés par le député N-VA.

Prendre en compte la géographie, le statut social et les types de prise en charge

Si des variations importantes de pratique devaient apparaître, on aimerait bien sûr ne pas devoir attendre deux nouvelles années dans le cas particulier de la pandémie, et on peut s'étonner de cette inertie mal venue.

Le 14 mai 2019, le Moniteur belge a publié une nouvelle loi relative à la qualité de soins en Belgique. Malheureusement, pour une raison qui ne m'est pas connue, l'entrée en application de la nouvelle loi a été reportée au …1er juillet 2022 !

La section 13 de cette loi traite du contrôle de qualité. L'article 41 est particulièrement intéressant :
« Le Roi peut, pour les professionnels des soins de santé qui accomplissent des prestations à risque, le cas échéant par profession des soins de santé, par arrêté délibéré en Conseil des ministres et après avis du Conseil supérieur des médecins spécialistes et des médecins généralistes :

  •   1° déterminer la composition et le fonctionnement des structures organisationnelles qui organisent ou conduisent de manière ad hoc le contrôle de la qualité de la pratique des professionnels des soins de santé qui accomplissent des prestations à risque et de l'entretien de leur compétence professionnelle, étant entendu que les professionnels des soins de santé qui dispensent des soins de santé à risque tels que ceux qui sont contrôlés, doivent siéger au sein de ces structures ;
  •  2° déterminer les règles et les modalités du contrôle de qualité de la pratique et de l'entretien de la compétence professionnelle des professionnels des soins de santé qui accomplissent des prestations à risque. »

En clair, dans le cas précis de la Covid-19, le contrôle de qualité n'est pas pour demain, ce qui est particulièrement regrettable au vu de la mortalité, des nombreux cas de ‘Covid long' et des chiffres récents sur les effets indésirables de la vaccination publiés par l'AFMPS .

Lire également : La pharmacovigilance des vaccins contre la Covid-19 est-elle efficace ? (Dr Marc Tomas, cardiologue)

Une telle lenteur est difficile à comprendre face à une pandémie mortelle, à des vaccins qui ne rassurent pas tout le monde et des traitements qui peinent à sortir des laboratoires. Au risque de donner du grain à moudre aux opposants à l'obligation vaccinale et à des prises de position populistes dont on se passerait bien volontiers.

Une communication davantage transparente du Gouvernement serait de nature à rassurer - un peu - la population, qui aimerait mieux comprendre la balance risque-bénéfice de la vaccination et d'une manière plus générale disposer de données fiables sur la qualité des soins, notamment en hôpital. Parce que la question de la qualité des soins ne se limite évidemment pas à la Covid-19...

La confiance envers les soignants est à ce - petit - prix !

A propos

Docteur Marc Tomas est un cardiologue expérimenté. Il est diplômé de l'Université Libre de Bruxelles en cardiologie. Il est spécialisé dans l'hypertension artérielle, sujet pour lequel il a participé a des recherches académiques ainsi qu'a des conférences. Le Dr Marc Tomas a exercé en tant que cardiologue au sein de l'Hôpital Universitaire Erasme, et à présent il est actif au sein de la maison médicale de Genappe. Conflits d'intérêt : le Dr Tomas n'a pas de conflit d'intérêt à déclarer.
 

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