Dossiers  >   x Enquête "Impact de l'âge d'un médecin sur sa pratique"  >  Les résultats de l’enquête : l’âge d’un médecin impacte-t-il son exercice ?

Les résultats de l’enquête : l’âge d’un médecin impacte-t-il son exercice ?

BRUXELLES 18/12 – Durant le mois de novembre vous avez pu répondre à notre enquête concernant l’impact de l’âge sur votre activité. Vous avez été plus de 1000 médecins à participer à ce sondage en ligne. Voici les résultats, commentés par le Dr Bakhouche.

Enquête
Enquête
Selon les conclusions de cette enquête, sur les 1179 médecins belges qui ont répondu, 89% ne considèrent pas l'âge comme le seul facteur déterminant pour cesser d'exercer, mais ce chiffre descend à 56% si on prend en compte la spécialité. 
 
« On vit plus longtemps et on vieillit mieux qu'auparavant, avec toujours des capacités intellectuelles intactes », commente le Dr Yannis Bakhouche interrogé au sujet de cette enquête. « Il est donc logique que l'âge ne soit pas le facteur prédisposant à l'arrêt de la médecine. J'ai connu des médecins exerçant jusqu'à l'âge de 86 ans dans ma commune de Saint-Gilles, conservant toujours les capacités intellectuelles nécessaires. On parle aussi d'un médecin qui aurait exercé jusqu'à l'âge de 106 ans aux États-Unis ! », fait-il remarquer.
 
Par ailleurs, plus d'un quart des médecins n'envisagent pas la retraite et pensent qu'un médecin ne devrait jamais cesser d'exercer. En effet, pour le Dr Yannis Bakhouche « le métier de médecine va au-delà d'une simple profession ; c'est une réelle passion avec un engagement donnant du sens à la vie. Aider autrui et consacrer sa vie à améliorer la santé des autres contribuent au bien-être collectif. Peu de métiers offrent cette possibilité d'utilité sociale. De nos jours, de nombreuses personnes ne trouvent pas d'intérêt dans leur travail, notamment celles travaillant dans des bureaux. En médecine, c'est tout le contraire ! J'espère simplement que cette tendance augmentera par la suite, le pourcentage est faible à mon sens quand on connaît la valeur du métier. Allons-nous vers un changement de paradigme, un médecin peut changer bien évidemment de carrière s'il le souhaite, mais y faire sa vie là-dedans a plus d'impact car c'est un métier de découverte où chaque jour est différent », considère-t-il.
 
D'un autre côté, 25 % estiment qu'ils devraient arrêter à l'âge de 67 ans. Cette divergence d'opinions est particulièrement marquée entre les hommes (18 % favorables contre 30 % préférant une continuation indéfinie) et les femmes (respectivement 39 % contre 17 %). Cela reflète en partie les différentes mentalités entre générations, les jeunes et les femmes accordant souvent plus d'importance à l'équilibre entre vie professionnelle et personnelle. 
 
Un autre enseignement de cette enquête concerne la transition vers la retraite. 88 % des personnes sondées ont exprimé l'envie d'un accompagnement de transition vers la pension. Ce constat est particulièrement notable chez les femmes (93 %) et les médecins de moins de 60 ans (92 %). Parmi les solutions envisagées, on retrouve l'idée d'une diminution progressive de la charge de travail, mais aussi l'abolition des gardes de nuit et de week-end, ainsi que le mentorat des plus jeunes confrères. En effet, « les médecins estiment avoir besoin d'une assistance efficace pour la fin de leur carrière. Le type d'accompagnement, qu'il soit psychologique, financier ou lié à la transition vers un nouveau chapitre de leur vie, doit être déterminé », observe le Dr Bakhouche. « Il est nécessaire de rassurer les médecins qu'il y a une vie après la médecine et de les conseiller sur la gestion de leur transition financière. Comme je l'ai discuté, les médecins considèrent le métier comme une passion, et c'est un peu comme s'ils étaient tombés dans la marmite très jeune. Le fait de changer de carrière avec de nombreuses années d'engagement est difficile, et l'on peut le concevoir. À mon sens, il faut un accompagnement psychosocial pour rassurer les médecins qu'il y a aussi une autre vie après la médecine, mais aussi assurer notamment une transition financière, car le niveau de vie change probablement avec un salaire différent lorsque l'on est pensionné. Le delta est immense et peut être un élément perturbateur, il est tout aussi intéressant de conseiller les médecins à investir très tôt pour assurer une rente financière en plus de leur retraite. On ne naît pas entrepreneurs, mais on peut aussi le devenir en tant que médecin ou investisseur. Cependant, j'insiste plutôt sur la nécessité d'un accompagnement psychologique et sur le fait que nous pouvons être utiles dans la société même si l'on n'exerce plus la médecine au quotidien. On observe l'émergence du bénévolat dans des associations caritatives, mais aussi d'avis médicaux par voie téléphonique ou par des plateformes agréées offrant des solutions pour maintenir un contact avec le secteur. Il serait intéressant de mener une étude plus poussée pour déterminer les besoins des médecins après la retraite ou à proximité de celle-ci », estime le médecin généraliste.
 
Un autre point interpellant que l'enquête nous apprend concerne une évaluation des aptitudes physiques et intellectuelles : plus d'un tiers ( 38% ) des médecins interrogés ont l'humilité de reconnaître qu'une évaluation de leurs aptitudes physiques et intellectuelles devrait être envisagée au cours de l'exercice de leur fonction. 
 
Le Dr Bakhouche est assez surpris par ce constat. « Cette opinion peut découler d'expériences négatives liées à la pratique médicale ou du sentiment que certains médecins ne suivent pas suffisamment les formations continues tout au long de leur carrière. Je suis d'accord pour renforcer les formations, notamment avec l'émergence du e-learning. Cependant, beaucoup de médecins peuvent être réticents à adopter de nouvelles technologies, ce qui peut les laisser dépasser en termes de nouvelles maladies et de traitements. On l'observe notamment avec l'émergence de l'IA, et nombreux sont réfractaires. 
 
Comment évaluer la capacité intellectuelle ? Se demande-t-il. « Doit-on forcément imposer un examen d'évaluation de connaissances chez les médecins ? Doit-on évaluer les capacités physiques des médecins ? Est-ce la bonne manière d'agir ? Je pense que nous devons procéder de la même manière que les pilotes qui engagent leur responsabilité et celle des voyageurs. Un entretien annuel d'évaluation peut être apprécié ! »
« En ce qui concerne la santé des médecins, il est important de reconnaître qu'ils sont des êtres humains sujets aux maladies (oui, oui, c'est bien vrai), y compris aux troubles psychiques liés au surmenage, à l'épuisement professionnel et à la vie privée. La maladie psychique chez les médecins est souvent taboue, mais il est essentiel d'en parler et de mettre en place une évaluation annuelle de leur santé psychologique. Cela permettrait d'identifier les besoins en thérapies de groupe ou individuelles et doit être pris en charge par l'INAMI. Beaucoup encore n'osent pas franchir le pas de rencontrer des thérapeutes, nous devons soutenir nos médecins psychologiquement, c'est une évidence, car beaucoup d'entre eux souffrent ! La relation médicale s'est considérablement complexifiée, essentiellement en raison des problématiques et des niveaux d'attente des patients, qui exigent d'eux plus d'investissement psychologique et soulèvent de manière régulière et pressante la question des limites à poser. » 
 
Enfin, pour la moitié des médecins interrogés, le lien entre l'âge avancé des médecins et le risque d'erreurs médicales était important ( 18% ont reconnu le lien et 36% étaient partagés).
« Je ne suis pas convaincu de cette corrélation », soutient le médecin généraliste. « L'erreur médicale peut résulter d'un manque de concentration, d'une insuffisance de formation continue, ou d'un désinvestissement lié à une surcharge professionnelle. L'âge en lui-même est-il vraiment un facteur favorisant l'erreur médicale ? J'en doute fort. Même si être chirurgien demande une concentration particulière, il est toujours possible pour un médecin qui prend de l'âge d'exercer aux urgences ou de se limiter à des consultations en ambulatoire. Nous devons, comme solutions pour éviter toutes formes d'erreurs médicales par exemple, faire le nécessaire pour promouvoir le travail collectif avec de l'intelligence collective.
 
 
Les résultats de l'enquête
 
 
 

Carole Stavart • Mediquality

Pour des raisons de sécurité, votre navigateur n'est pas compatible avec notre site

Nous vous conseillons l'utilisation d'un des navigateurs suivants: